Le tofu

Alors ?

Choisis un côté. Les deux sont possibles.

Faites-le·

Le tofu

L'histoire de ma vietu peux ne pas cliquer

Je ne sais pas par où commencer, alors je vais commencer par le début, c'est-à-dire il y a très longtemps.

Ma grand-mère détestait les livres de cuisine. Elle en avait onze. Ils étaient rangés par couleur, ce qui devrait vous dire à quel point elle les ouvrait.

Ma grand-mère disait qu'on reconnaît une bonne cuisine à l'usure du sol devant l'évier. La sienne était creusée. Ce n'est pas une image.

Ma grand-mère ne mesurait rien. Jamais. Elle regardait le saladier et elle savait. Quand je lui demandais combien, elle répondait « ce qu'il faut », ce qui n'a jamais aidé personne.

Ma grand-mère avait une balance. Elle ne s'en servait pas. Elle la gardait sur l'étagère du haut, hors de portée, comme un avertissement adressé à je ne sais qui.

On me demande souvent si ça vaut vraiment le coup : Le tofu, je veux dire. La réponse est plus bas, et elle est courte.

Il y avait une odeur permanente, impossible à identifier, qui n'était désagréable pour personne sauf pour les invités.

Le carrelage était jaune. Pas jaune vif, jaune fatigué, ce jaune des années soixante-dix qui a vu passer trois générations et deux divorces.

Oui, je reparle de ma grand-mère. J'ai conscience du problème. Je n'ai pas l'intention de le régler.

Le saviez-vous : le pain a été salé en France pour des raisons fiscales, puis dessalé pour les mêmes raisons. L'histoire de la cuisine est surtout une histoire d'impôts.

J'ai mangé la même chose quatre soirs de suite dans le même restaurant. Le serveur a fini par ne plus apporter la carte. C'est la plus belle chose qui me soit arrivée en voyage.

Le train pour y aller mettait quatre heures et s'arrêtait onze fois. Je peux vous citer les onze arrêts. Je ne vais pas le faire. Enfin, peut-être plus bas.

La femme de quatre-vingts ans, celle du dixième jour, m'a aussi dit quelque chose sur le sel. Ça non plus je ne m'en souviens pas. C'était peut-être la même phrase.

J'ai rapporté un pot en terre cuite de ce voyage. Il est cassé maintenant. Je le garde quand même, dans un placard, dans un sac, parce que le jeter serait admettre quelque chose.

Nous approchons de la fin. Je dis ça sans aucune garantie, et surtout sans engagement de ma part.

Le saviez-vous : la carotte a été orange pour des raisons politiques avant de l'être pour des raisons de goût. J'ai vérifié une fois, il y a six ans, et je n'ai pas revérifié depuis.

Roger a mangé un jour un oignon entier. Il va bien. Le vétérinaire m'a regardé comme si c'était ma faute, ce qui était le cas.

Là, normalement, il y a une transition élégante vers la suite. Je ne l'ai pas trouvée. On continue quand même.

Certains blogs mettent une photo tous les deux paragraphes. Je n'ai pas de photo. Imaginez-en une. Prenez le temps qu'il faut.

Le saviez-vous : les carottes ne rendent pas aimable. C'est une invention de parents, et elle a très bien fonctionné sur moi jusqu'à vingt-trois ans.

Il y avait un courant d'air entre la porte et la fenêtre qui faisait battre le torchon accroché à la poignée. On appelait ça « le vent de la cuisine », comme si c'était un phénomène météorologique local.

Le tofu. Nous y reviendrons. Enfin, j'y reviendrai, vous, vous êtes déjà en train de faire défiler.

Vous vous demandez si je réutilise les mêmes anecdotes d'une recette à l'autre. Excellente question. Suivante.

Le saviez-vous : un escargot possède environ quatorze mille dents. Cette information ne vous servira jamais et pourtant vous ne l'oublierez plus.

Je sais ce que vous vous dites. Vous vous dites : est-ce que tout ça va quelque part. La réponse est non, et nous en sommes tous les deux conscients.

Bref. Ma grand-mère. Je vous en reparlerai peut-être plus bas, si le cœur m'en dit.

Ingrédients

  • 1 litrelait de soja
  • 40 mlvinaigre blanc, ou du jus de citron

La recette

  1. Faites chauffer le litre de lait de soja à 75 °C, sans le faire bouillir.

  2. Hors du feu, versez les 40 ml de vinaigre, remuez doucement quelques secondes, puis laissez reposer 15 minutes sans y toucher. Le caillé doit se séparer du petit-lait.

  3. Versez dans un moule perforé tapissé d'une étamine, posé au-dessus d'un récipient pour recueillir le liquide.

  4. Pressez avec un poids. La forme du moule donne la forme du tofu. Comptez au moins 40 minutes, et plus longtemps si vous le voulez ferme.

  5. Démoulez et plongez le tofu dans de l'eau froide 30 minutes, ça adoucit le goût du vinaigre.

  6. Conservez-le au réfrigérateur, immergé dans l'eau, en changeant l'eau chaque jour. À consommer sous 3 à 4 jours.

L'épisode

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