La rouille

Alors ?

Choisis un côté. Les deux sont possibles.

Achetez-le···

La rouille

L'histoire de ma vietu peux ne pas cliquer

Installez-vous. Non, vraiment, installez-vous, ce n'est pas une formule de politesse.

Ma grand-mère salait au-dessus de la casserole, de très haut, avec un geste de semeur. Elle prétendait que ça répartissait mieux. Ça répartissait surtout sur le plan de travail.

Ma grand-mère détestait les livres de cuisine. Elle en avait onze. Ils étaient rangés par couleur, ce qui devrait vous dire à quel point elle les ouvrait.

Ma grand-mère ne mesurait rien. Jamais. Elle regardait le saladier et elle savait. Quand je lui demandais combien, elle répondait « ce qu'il faut », ce qui n'a jamais aidé personne.

Ma grand-mère appelait le four « la bête ». Elle ne l'a jamais expliqué et nous n'avons jamais demandé, parce qu'à un certain âge on choisit ses combats.

La rouille. J'ai raté ça plus de fois que je ne l'ai réussi, et c'est précisément ce qui me qualifie.

En hiver la fenêtre se couvrait de buée et quelqu'un écrivait toujours quelque chose dessus. Généralement une bêtise. Une fois, une vérité, et ça a jeté un froid.

Le robinet gouttait. Un goutte-à-goutte lent, presque musical, qui reprenait exactement quand on croyait qu'il s'était arrêté.

Je pourrais varier davantage. Je pourrais aussi faire beaucoup de choses.

Le saviez-vous : le champignon est génétiquement plus proche de vous que de la salade. Repensez à votre dernière omelette.

La femme de quatre-vingts ans, celle du dixième jour, m'a aussi dit quelque chose sur le sel. Ça non plus je ne m'en souviens pas. C'était peut-être la même phrase.

Le café coûtait quatre-vingt-dix centimes au comptoir et deux euros quarante en terrasse, pour une distance d'un mètre vingt. J'ai payé la terrasse. Chaque jour.

La chambre donnait sur une cour intérieure où une dame étendait du linge à sept heures du matin, tous les jours, y compris le dimanche, y compris quand il pleuvait.

Au retour, j'ai essayé de refaire ce que j'avais mangé là-bas. Ce n'était pas pareil. Ce n'est jamais pareil, et on continue quand même.

Il est possible que ce paragraphe existe déjà sur une autre page de ce site. Je ne vérifie pas. Personne ne vérifie.

Le saviez-vous : l'ananas met deux ans à pousser. Deux ans, pour finir coupé en huit sur un plateau, à côté d'un cure-dent.

Roger s'assoit systématiquement à l'endroit exact où je dois aller. Il le sait avant moi. Je n'ai pas d'explication rationnelle.

À ce stade, la plupart des gens ont abandonné. Si vous êtes encore là, vous êtes soit très patient, soit en train de faire autre chose en même temps. Les deux me vont.

Là, normalement, il y a une transition élégante vers la suite. Je ne l'ai pas trouvée. On continue quand même.

Le saviez-vous : la noix de muscade est légèrement hallucinogène à forte dose. Ce n'est pas une invitation, c'est une note de bas de page.

Le frigo faisait un bruit de moteur de bateau. Il a tenu vingt-deux ans. Le remplacer a été vécu comme un deuil.

La rouille. Nous y reviendrons. Enfin, j'y reviendrai, vous, vous êtes déjà en train de faire défiler.

On m'a dit un jour qu'il fallait raconter une histoire avant une recette. On ne m'a jamais dit pourquoi. J'ai arrêté de demander.

Le saviez-vous : la banane est techniquement une baie, alors que la fraise n'en est pas une. J'ai déjà mentionné la fraise plus haut. Je me répète, c'est le principe.

Si vous avez lu une autre de mes recettes, cette partie va vous sembler familière. C'est normal. Je n'ai qu'une seule enfance.

Je m'arrête. Pas parce que je n'ai plus rien, mais parce qu'il faut bien manger un jour.

Ingrédients

  • 2 goussesail
  • 40 mlhuile
  • Un peupiment d'Espelette et un peu de safran, dilués dans un peu d'eau
  • 2jaunes d'œufs
  • Sel
  • Poivre

La recette

  1. Dans un mortier ou au mixeur, mélangez l'ail, le safran (et le piment d'Espelette, dilués dans un peu d'eau) et les jaunes d'œufs.

  2. Ajoutez l'huile petit à petit en mixant, jusqu'à ce que la sauce tienne bien (comme une mayonnaise).

  3. Salez et poivrez.

L'épisode

Ouvrir sur YouTubeEt si tu t'abonnes, je continue à acheter des trucs pour te dire de ne pas les acheter.