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La moutarde
L'histoire de ma vietu peux ne pas cliquer
Attendez. Avant la recette, il y a une chose que personne ne vous a jamais dite, et il y a une raison à ça.
Ma grand-mère disait qu'on reconnaît une bonne cuisine à l'usure du sol devant l'évier. La sienne était creusée. Ce n'est pas une image.
Ma grand-mère refusait catégoriquement de goûter pendant la cuisson. Elle disait que ça portait malheur. Elle a servi des plats immangeables pendant quarante ans avec une constance admirable.
Ma grand-mère servait toujours trop. Systématiquement. Refuser était perçu comme une prise de position politique.
Ma grand-mère gardait ses recettes dans un carnet à couverture verte qu'elle ne montrait à personne. À sa mort on l'a ouvert. Il n'y avait que des numéros de téléphone.
On me demande souvent si ça vaut vraiment le coup : La moutarde, je veux dire. La réponse est plus bas, et elle est courte.
Le sol était en lino imitation tomettes. De loin ça marchait. De près, non. De toute façon on ne regarde pas le sol quand on mange.
En hiver la fenêtre se couvrait de buée et quelqu'un écrivait toujours quelque chose dessus. Généralement une bêtise. Une fois, une vérité, et ça a jeté un froid.
Encore un paragraphe et on y est. Ce n'est pas vrai, mais l'espoir fait descendre.
Le saviez-vous : le pain a été salé en France pour des raisons fiscales, puis dessalé pour les mêmes raisons. L'histoire de la cuisine est surtout une histoire d'impôts.
En 2017, j'ai passé onze jours en Toscane. Onze. Je les ai comptés. Le dixième jour, dans un village dont je ne dirai pas le nom parce que je ne veux pas qu'il devienne touristique, une femme de quatre-vingts ans m'a expliqué quelque chose qui a changé ma façon de cuisiner. Je ne me souviens plus de quoi.
J'ai pris des photos. Deux cent quarante. Je ne les ai jamais rouvertes, et pourtant je paie un abonnement mensuel pour les conserver.
La chambre donnait sur une cour intérieure où une dame étendait du linge à sept heures du matin, tous les jours, y compris le dimanche, y compris quand il pleuvait.
Le village avait une place, une église et un bar. Le bar fermait à des horaires que personne ne connaissait, y compris le patron, que j'ai interrogé.
J'hésite à couper ce paragraphe. Je vais le garder. Voilà, la décision est prise, nous pouvons avancer.
Le saviez-vous : un escargot possède environ quatorze mille dents. Cette information ne vous servira jamais et pourtant vous ne l'oublierez plus.
Roger a une opinion sur cette recette. Il l'exprime en se couchant lourdement contre le four, ce qui n'est pas très clair.
Ce paragraphe n'apporte strictement rien. Il est là pour la même raison que tous les autres : parce que plus vous descendez, mieux je me porte.
Vous vous demandez si je réutilise les mêmes anecdotes d'une recette à l'autre. Excellente question. Suivante.
Le saviez-vous : il n'existe aucune définition légale du mot « artisanal » sur un emballage. Dormez bien.
Il y avait une odeur permanente, impossible à identifier, qui n'était désagréable pour personne sauf pour les invités.
La moutarde. J'ai raté ça plus de fois que je ne l'ai réussi, et c'est précisément ce qui me qualifie.
Si vous avez lu une autre de mes recettes, cette partie va vous sembler familière. C'est normal. Je n'ai qu'une seule enfance.
Le saviez-vous : la vanille est la deuxième épice la plus chère au monde. La première est le safran. La troisième, je ne sais pas, et cela me hante.
Statistiquement, vous avez sauté trois paragraphes. Je ne vous en veux pas. Je note, c'est tout.
Et c'est ainsi que je n'ai toujours rien expliqué. La recette, elle, explique tout, et elle est juste en dessous.
Ingrédients
- 80 ggraines de moutarde, traditionnellement brunes, mais les jaunes conviennent également très bien
- 120 mlvinaigre
- 60 mleau
- 5 gsel
La recette
Vous pouvez commencer par réduire les graines de moutarde en poudre si vous souhaitez obtenir une moutarde plus fine. Vous pouvez également les laisser entières pour une texture plus rustique.
Placez les 80 g de graines de moutarde dans un récipient.
Ajoutez les 120 ml de vinaigre, les 60 ml d'eau et les 5 g de sel.
Mélangez bien afin que toutes les graines soient immergées dans le liquide.
Filmez le récipient et laissez reposer à température ambiante entre 2 et 15 jours. Plus vous attendez, plus les saveurs vont évoluer et s'arrondir.
Une fois le temps de repos terminé, versez l'ensemble de la préparation dans un mixeur.
Mixez jusqu'à obtenir la texture de moutarde souhaitée. Vous pouvez la laisser légèrement granuleuse ou continuer à mixer pour obtenir une moutarde plus lisse.
Si elle est trop épaisse, ajoutez un tout petit peu d'eau et mixez à nouveau jusqu'à obtenir la consistance souhaitée.
Transférez la moutarde dans un pot propre et hermétique et conservez-la au réfrigérateur.
La moutarde va continuer à développer ses arômes après sa préparation et son goût pourra encore s'adoucir avec le temps.
L'épisode
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