Faites-le···
Le fond de veau
L'histoire de ma vietu peux ne pas cliquer
Cette recette, je ne peux pas vous la donner comme ça. Il faut d'abord que vous compreniez d'où elle vient.
Ma grand-mère salait au-dessus de la casserole, de très haut, avec un geste de semeur. Elle prétendait que ça répartissait mieux. Ça répartissait surtout sur le plan de travail.
Ma grand-mère gardait ses recettes dans un carnet à couverture verte qu'elle ne montrait à personne. À sa mort on l'a ouvert. Il n'y avait que des numéros de téléphone.
Ma grand-mère avait une cuisine minuscule. Trois mètres carrés, peut-être quatre. Elle disait toujours qu'une grande cuisine, c'est une cuisine où on marche au lieu de cuisiner.
Ma grand-mère faisait cuire ses plats au feeling et au bruit. Elle disait qu'un plat qui chante n'a pas besoin de minuteur. Elle avait raison, et ça ne m'a jamais servi à rien.
Le fond de veau, donc. Nous n'en sommes pas encore là, et ce n'est pas faute d'avoir commencé.
Le sol était en lino imitation tomettes. De loin ça marchait. De près, non. De toute façon on ne regarde pas le sol quand on mange.
Il faisait chaud. Pas une chaleur d'été, une chaleur de cuisine, celle qui monte du sol et qui vous colle la chemise dans le dos vers la troisième étape.
Là, normalement, il y a une transition élégante vers la suite. Je ne l'ai pas trouvée. On continue quand même.
Le saviez-vous : le mot « restaurant » désignait à l'origine un bouillon, et non un lieu. Cette information est vraie et ne vous servira à rien.
Le village avait une place, une église et un bar. Le bar fermait à des horaires que personne ne connaissait, y compris le patron, que j'ai interrogé.
J'ai rapporté un pot en terre cuite de ce voyage. Il est cassé maintenant. Je le garde quand même, dans un placard, dans un sac, parce que le jeter serait admettre quelque chose.
Il faisait trente-quatre degrés. Tout le monde cuisinait quand même, à midi, portes fermées. J'ai compris ce jour-là que je n'étais pas sérieux.
J'ai pris des photos. Deux cent quarante. Je ne les ai jamais rouvertes, et pourtant je paie un abonnement mensuel pour les conserver.
Vous vous demandez si je réutilise les mêmes anecdotes d'une recette à l'autre. Excellente question. Suivante.
Le saviez-vous : un citron flotte et un citron vert coule. J'ai passé une soirée entière à vérifier. Ce n'était pas une bonne soirée.
Roger n'aime pas la cuisine. Il aime la pièce d'à côté, d'où il surveille la cuisine. Ce n'est pas la même chose et il y tient beaucoup.
Oui, je reparle de ma grand-mère. J'ai conscience du problème. Je n'ai pas l'intention de le régler.
Un mot sur la longueur de ce texte : elle est volontaire, elle est excessive, et elle est le sujet.
Le saviez-vous : le pain a été salé en France pour des raisons fiscales, puis dessalé pour les mêmes raisons. L'histoire de la cuisine est surtout une histoire d'impôts.
Les murs étaient couverts d'une toile de verre peinte en blanc cassé, et près de la gazinière il y avait une auréole plus foncée que personne n'a jamais tenté de nettoyer.
Le sujet du jour : Le fond de veau. Il attendra encore un peu, comme tout le monde ici.
À ce stade, la plupart des gens ont abandonné. Si vous êtes encore là, vous êtes soit très patient, soit en train de faire autre chose en même temps. Les deux me vont.
Le saviez-vous : la tomate a été considérée comme toxique en Europe pendant deux siècles. Deux siècles de perdus. On ne rattrape pas ça.
J'hésite à couper ce paragraphe. Je vais le garder. Voilà, la décision est prise, nous pouvons avancer.
Fin de l'histoire. Elle n'avait pas de fin prévue, j'ai simplement décidé que c'était maintenant.
Ingrédients
- 1 kgOs de veau (moelle et os de jarret)
- 200 gParures de viande de veau (optionnel mais je préfère)facultatif
- 1-2Carottes
- 2Oignons
- 70 gCéleri branche
- 50 gPoireau (partie blanche)
- 4 goussesAil
- 50 gConcentré de tomate
- 200 mlVin rouge
- 3 LEau froide
- Bouquet garni
- 1Feuille de laurier
- 2Brins de thym
- 3–4Queues de persil
- un petit morceauFeuilles de céleri
- 3Poivre en grains
La recette
Préchauffer le four à 220°C.
Déposer les os et les parures de viande sur une plaque de cuisson.
Enfourner pendant 45 minutes, en retournant les os de temps en temps pour une coloration uniforme.
Ajouter les carottes, l’oignon, le céleri, le poireau et l’ail sur la plaque avec les os.
Transférer les os et les légumes dans une grande marmite.
Verser le vin rouge (ou un peu d’eau) sur la plaque de cuisson et gratter les sucs de cuisson avec une spatule.
Verser ce liquide dans la marmite.
Ajouter de l’eau froide juste assez pour couvrir les os et légumes.
Porter à feu moyen, puis laisser mijoter doucement sans jamais faire bouillir.
Incorporer le concentré de tomate.
Remettez la plaque avec les os et légumes au four 10 à 15 minutes supplémentaires pour bien caraméliser le concentré de tomate, avant de tout remettre dans la marmite.
Ajouter le bouquet garni.
Laisser mijoter à petits frémissements pendant 6 à 8 heures. Écumez régulièrement les impuretés qui remontent à la surface pendant la cuisson.
Ajouter un peu d’eau si nécessaire pour maintenir les ingrédients immergés.
Passer le fond de veau au chinois fin ou à l’étamine.
Laisser refroidir rapidement, puis réfrigérer.
Une fois froid, retirer la couche de gras solidifiée en surface.
L'épisode
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