Faites-le·····
Le croque monsieur
L'histoire de ma vietu peux ne pas cliquer
Je ne sais pas par où commencer, alors je vais commencer par le début, c'est-à-dire il y a très longtemps.
Ma grand-mère appelait le four « la bête ». Elle ne l'a jamais expliqué et nous n'avons jamais demandé, parce qu'à un certain âge on choisit ses combats.
Ma grand-mère avait une balance. Elle ne s'en servait pas. Elle la gardait sur l'étagère du haut, hors de portée, comme un avertissement adressé à je ne sais qui.
Ma grand-mère disait qu'on reconnaît une bonne cuisine à l'usure du sol devant l'évier. La sienne était creusée. Ce n'est pas une image.
Ma grand-mère détestait les livres de cuisine. Elle en avait onze. Ils étaient rangés par couleur, ce qui devrait vous dire à quel point elle les ouvrait.
Le croque monsieur, donc. Nous n'en sommes pas encore là, et ce n'est pas faute d'avoir commencé.
Il y a une lumière particulière en septembre, vers dix-sept heures, quand elle tombe en biais sur la nappe cirée et qu'elle rend la farine presque orange. C'est à ce moment-là qu'il faut faire cette recette. Ce n'est pas une obligation. C'est juste mieux.
Il y avait une odeur permanente, impossible à identifier, qui n'était désagréable pour personne sauf pour les invités.
On m'a dit un jour qu'il fallait raconter une histoire avant une recette. On ne m'a jamais dit pourquoi. J'ai arrêté de demander.
Le saviez-vous : le champignon est génétiquement plus proche de vous que de la salade. Repensez à votre dernière omelette.
Le train pour y aller mettait quatre heures et s'arrêtait onze fois. Je peux vous citer les onze arrêts. Je ne vais pas le faire. Enfin, peut-être plus bas.
Le village avait une place, une église et un bar. Le bar fermait à des horaires que personne ne connaissait, y compris le patron, que j'ai interrogé.
J'ai rapporté un pot en terre cuite de ce voyage. Il est cassé maintenant. Je le garde quand même, dans un placard, dans un sac, parce que le jeter serait admettre quelque chose.
Il y avait un chat sur le muret, à droite en sortant. Toujours le même chat, toujours le même muret. Nous ne nous sommes jamais adressé la parole.
Vous vous demandez si je réutilise les mêmes anecdotes d'une recette à l'autre. Excellente question. Suivante.
Le saviez-vous : la tomate a été considérée comme toxique en Europe pendant deux siècles. Deux siècles de perdus. On ne rattrape pas ça.
Roger n'aime pas la cuisine. Il aime la pièce d'à côté, d'où il surveille la cuisine. Ce n'est pas la même chose et il y tient beaucoup.
Il est possible que ce paragraphe existe déjà sur une autre page de ce site. Je ne vérifie pas. Personne ne vérifie.
Là, normalement, il y a une transition élégante vers la suite. Je ne l'ai pas trouvée. On continue quand même.
Le saviez-vous : le poivre a servi de monnaie. C'est de là que vient l'expression « payer en espèces », et cette phrase est entièrement fausse, je viens de l'inventer.
Le frigo faisait un bruit de moteur de bateau. Il a tenu vingt-deux ans. Le remplacer a été vécu comme un deuil.
Ma grand-mère avait un avis sur tout, y compris sur ce qui nous occupe : Le croque monsieur. Elle n'en avait jamais fait.
Ce passage a été écrit une fois et sert depuis. Comme une bonne sauce mère. Voilà, j'ai réussi à en faire une métaphore de cuisine.
Le saviez-vous : la noix de muscade est légèrement hallucinogène à forte dose. Ce n'est pas une invitation, c'est une note de bas de page.
J'aurais pu mettre la recette en haut. Beaucoup de gens le font. Ce sont des lâches.
Je m'arrête. Pas parce que je n'ai plus rien, mais parce qu'il faut bien manger un jour.
Ingrédients
- pain de mie (voir la recette du pain de mie)
- jambon
- fromage
- béchamel (voir la recette de la béchamel)
La recette
Beurrez le pain de mie.
Ajoutez le fromage de votre choix et le jambon.
Nappez de béchamel par-dessus.
Passez au four.
L'épisode
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