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La chantilly
L'histoire de ma vietu peux ne pas cliquer
Installez-vous. Non, vraiment, installez-vous, ce n'est pas une formule de politesse.
Ma grand-mère servait toujours trop. Systématiquement. Refuser était perçu comme une prise de position politique.
Ma grand-mère ne mesurait rien. Jamais. Elle regardait le saladier et elle savait. Quand je lui demandais combien, elle répondait « ce qu'il faut », ce qui n'a jamais aidé personne.
Ma grand-mère détestait les livres de cuisine. Elle en avait onze. Ils étaient rangés par couleur, ce qui devrait vous dire à quel point elle les ouvrait.
Ma grand-mère faisait cuire ses plats au feeling et au bruit. Elle disait qu'un plat qui chante n'a pas besoin de minuteur. Elle avait raison, et ça ne m'a jamais servi à rien.
Roger n'a jamais goûté ce que vous êtes venu chercher : La chantilly. Ce n'est pas faute d'avoir essayé, de son côté.
En hiver la fenêtre se couvrait de buée et quelqu'un écrivait toujours quelque chose dessus. Généralement une bêtise. Une fois, une vérité, et ça a jeté un froid.
Le robinet gouttait. Un goutte-à-goutte lent, presque musical, qui reprenait exactement quand on croyait qu'il s'était arrêté.
Si vous lisez ceci sur votre téléphone, dans un couloir, en attendant quelqu'un : bon courage, il en reste.
Le saviez-vous : la carotte a été orange pour des raisons politiques avant de l'être pour des raisons de goût. J'ai vérifié une fois, il y a six ans, et je n'ai pas revérifié depuis.
J'ai mangé la même chose quatre soirs de suite dans le même restaurant. Le serveur a fini par ne plus apporter la carte. C'est la plus belle chose qui me soit arrivée en voyage.
Le train pour y aller mettait quatre heures et s'arrêtait onze fois. Je peux vous citer les onze arrêts. Je ne vais pas le faire. Enfin, peut-être plus bas.
Au retour, j'ai essayé de refaire ce que j'avais mangé là-bas. Ce n'était pas pareil. Ce n'est jamais pareil, et on continue quand même.
Il y avait un chat sur le muret, à droite en sortant. Toujours le même chat, toujours le même muret. Nous ne nous sommes jamais adressé la parole.
Un mot sur la longueur de ce texte : elle est volontaire, elle est excessive, et elle est le sujet.
Le saviez-vous : le pain a été salé en France pour des raisons fiscales, puis dessalé pour les mêmes raisons. L'histoire de la cuisine est surtout une histoire d'impôts.
J'ai failli appeler Roger autrement. Je ne dirai pas comment. Il a échappé à quelque chose et il l'ignore.
Il est possible que ce paragraphe existe déjà sur une autre page de ce site. Je ne vérifie pas. Personne ne vérifie.
Nous approchons de la fin. Je dis ça sans aucune garantie, et surtout sans engagement de ma part.
Le saviez-vous : le poivre a servi de monnaie. C'est de là que vient l'expression « payer en espèces », et cette phrase est entièrement fausse, je viens de l'inventer.
Le carrelage était jaune. Pas jaune vif, jaune fatigué, ce jaune des années soixante-dix qui a vu passer trois générations et deux divorces.
La chantilly. Nous y reviendrons. Enfin, j'y reviendrai, vous, vous êtes déjà en train de faire défiler.
Statistiquement, vous avez sauté trois paragraphes. Je ne vous en veux pas. Je note, c'est tout.
Le saviez-vous : le mot « casserole » vient du provençal « cassa », qui désignait une louche. On s'éloigne du sujet, j'en ai conscience.
J'hésite à couper ce paragraphe. Je vais le garder. Voilà, la décision est prise, nous pouvons avancer.
Et c'est ainsi que je n'ai toujours rien expliqué. La recette, elle, explique tout, et elle est juste en dessous.
Ingrédients
- 1 litrecrème liquide entière à 30 % de matière grasse minimum, bien froide
- 90 gsucre, ou moins
- 1gousse de vanille, ou 10 ml d'extrait de vanille
La recette
Versez la crème bien froide dans un bol froid, au siphon si vous en avez un, sinon au fouet. Il lui faut au moins 30 % de matière grasse, en dessous elle ne montera jamais.
Ajoutez le sucre et la vanille.
Fouettez jusqu'à ce que la crème forme un "bec d'oiseau" (elle retombe légèrement en pointe), ne montez pas plus.
Divisez selon la quantité dont vous avez besoin.
L'épisode
Ouvrir sur YouTubeEt si tu t'abonnes, je continue à acheter des trucs pour te dire de ne pas les acheter.