Le caramel au beurre sale

Alors ?

Choisis un côté. Les deux sont possibles.

Faites-le··

Le caramel au beurre sale

L'histoire de ma vietu peux ne pas cliquer

Je pourrais vous donner la recette tout de suite. Je ne vais pas le faire, et nous savons tous les deux pourquoi.

Ma grand-mère ne mesurait rien. Jamais. Elle regardait le saladier et elle savait. Quand je lui demandais combien, elle répondait « ce qu'il faut », ce qui n'a jamais aidé personne.

Ma grand-mère laissait la porte du four ouverte après cuisson, l'hiver, pour chauffer la pièce. Je sais que c'est déconseillé. Elle le savait aussi.

Ma grand-mère faisait cuire ses plats au feeling et au bruit. Elle disait qu'un plat qui chante n'a pas besoin de minuteur. Elle avait raison, et ça ne m'a jamais servi à rien.

Ma grand-mère avait deux couteaux. Un pour tout, et un qu'il ne fallait pas toucher. J'ai touché le deuxième une fois. Une seule.

Le caramel au beurre sale. J'ai raté ça plus de fois que je ne l'ai réussi, et c'est précisément ce qui me qualifie.

La lumière de fin d'après-midi entrait par la fenêtre de gauche, celle qui fermait mal, et elle traversait la vapeur au-dessus de la casserole. Je pourrais vous décrire ça pendant des heures. Je vais le faire.

Les murs étaient couverts d'une toile de verre peinte en blanc cassé, et près de la gazinière il y avait une auréole plus foncée que personne n'a jamais tenté de nettoyer.

Vous pourriez fermer ce bloc. Le bouton est juste au-dessus, il s'appelle « L'histoire de ma vie » et il fonctionne dans les deux sens. Personne ne vous en voudra.

Le saviez-vous : le miel ne périme pas. On en a retrouvé dans des tombes égyptiennes, encore comestible. Personne n'a précisé s'il était bon.

Le village avait une place, une église et un bar. Le bar fermait à des horaires que personne ne connaissait, y compris le patron, que j'ai interrogé.

J'ai rapporté un pot en terre cuite de ce voyage. Il est cassé maintenant. Je le garde quand même, dans un placard, dans un sac, parce que le jeter serait admettre quelque chose.

On m'a servi un plat dont je n'ai jamais retrouvé le nom. J'ai cherché pendant deux ans. J'ai fini par accepter que je l'avais peut-être rêvé.

La femme de quatre-vingts ans, celle du dixième jour, m'a aussi dit quelque chose sur le sel. Ça non plus je ne m'en souviens pas. C'était peut-être la même phrase.

Statistiquement, vous avez sauté trois paragraphes. Je ne vous en veux pas. Je note, c'est tout.

Le saviez-vous : une fraise n'est pas un fruit. Enfin, si, mais pas de la façon dont vous le pensez, et honnêtement la nuance n'intéresse personne.

J'ai failli appeler Roger autrement. Je ne dirai pas comment. Il a échappé à quelque chose et il l'ignore.

Ce passage a été écrit une fois et sert depuis. Comme une bonne sauce mère. Voilà, j'ai réussi à en faire une métaphore de cuisine.

Si vous lisez ceci sur votre téléphone, dans un couloir, en attendant quelqu'un : bon courage, il en reste.

Le saviez-vous : l'ananas met deux ans à pousser. Deux ans, pour finir coupé en huit sur un plateau, à côté d'un cure-dent.

Le frigo faisait un bruit de moteur de bateau. Il a tenu vingt-deux ans. Le remplacer a été vécu comme un deuil.

Le caramel au beurre sale, donc. Nous n'en sommes pas encore là, et ce n'est pas faute d'avoir commencé.

Oui, je reparle de ma grand-mère. J'ai conscience du problème. Je n'ai pas l'intention de le régler.

Le saviez-vous : le mot « restaurant » désignait à l'origine un bouillon, et non un lieu. Cette information est vraie et ne vous servira à rien.

On m'a dit un jour qu'il fallait raconter une histoire avant une recette. On ne m'a jamais dit pourquoi. J'ai arrêté de demander.

Et c'est ainsi que je n'ai toujours rien expliqué. La recette, elle, explique tout, et elle est juste en dessous.

Ingrédients

  • 72 gSucre
  • 80 gbeurre demi-sel (ou du beurre doux avec 2 g de fleur de sel)
  • 56 gCrème

La recette

  1. Faites cuire le sucre à sec jusqu'à obtenir un caramel doré.

  2. Une fois le caramel fait, ajoutez le beurre.

  3. Ajoutez la crème.

  4. Optionnel : vous pouvez passer le tout au chinois, voire au mixeur en diminuant la température du beurre, pour un résultat plus lisse (Francois trouve que ça épaissit trop et que ça rajoute de la vaisselle pour pas grand-chose, donc il ne le fait pas lui-même).

L'épisode

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